NEUROPATHIE DIABéTIQUE : SYMPTôMES, éVOLUTION ET TRAITEMENTS

La neuropathie diabétique est une complication fréquente du diabète, lorsque celui-ci est mal équilibré depuis plusieurs années. Elle ne peut pas être guérie mais son évolution peut être stabilisée avec un équilibre glycémique correct.

On distingue de manière schématique deux grands types de diabète. Le diabète de type 1, dit insulino-dépendant, représente à peu près 10% des diabètes. Il s’agit d’une maladie auto-immune avec destructions des cellules du pancréas responsable de la synthèse d’insuline et touche plutôt les enfants et les jeunes adultes. Le diabète de type 2 est le type de diabète le plus fréquent et représente environ 90% des diabètes. Il concerne le plus souvent des personnes de plus de 50 ans, en surpoids et qui présentent d’autres facteurs de risque cardiovasculaires (cholestérol, hypertension artérielle, antécédents de pathologies cardio-vasculaires). "Le diabète est une maladie silencieuse qui ne se guérit pas mais qui se traite très bien. Tout l’enjeu est d’équilibrer la glycémie pour prévenir les complications", explique le Dr Franck Phan, diabétologue à l’hôpital Universitaire Pitié Salpêtrière (Paris).

Neuropathie diabétique : une complication du diabète

Il existe deux types de complications du diabète : les complications micro-angiopathiques qui touchent les petits vaisseaux artériels (rétinopathie diabétique, néphropathie diabétique, neuropathie diabétique) et les complications macro-angiopathiques touchant les gros vaisseaux artériels (atteinte des artères coronaires, des artères de jambe -artériopathie oblitérante des membres inférieurs, atteinte des artères du cerveau).

Qu’est-ce que la neuropathie diabétique ?

La neuropathie diabétique est une maladie qui affecte les nerfs du système nerveux périphérique (il faut visualiser les nerfs comme un réseau de câble électrique composé de petites et de grosses fibres). Il existe différentes formes de neuropathie diabétique.

La plus fréquente est la neuropathie distale symétrique à prédominance sensitive (PDS). Elle correspond en premier à une atteinte des petites et grosses fibres nerveuses les plus longues du corps qui partent de la moelle épinière et qui vont jusqu’au bout du pied. Les facteurs de risque de cette neuropathie distale symétrique à prédominance sensitive (PDS) ? Un diabète mal équilibré pendant plusieurs années, le fait d’être un homme, la grande taille (plus on est grand, plus les fibres nerveuses du corps sont longues or ce sont ces fibres qui sont touchées), l’insuffisance rénale chronique. Le tabac aggrave également la neuropathie diabétique. "Le diabète étant une maladie silencieuse, au moment où l’on diagnostique le diabète de type 2, 30% des personnes présentent déjà une neuropathie diabétique", informe le Dr Franck Phan. Si cette neuropathie distale à prédominance sensitive (PDS) n’est pas prise en charge, elle risque de devenir évolutive. Les orteils sont touchés en premier, puis les pieds, puis les jambes. Elle peut également commencer à toucher les doigts de la main puis la main puis les avant-bras si la neuropathie est remontée au-dessus des genoux.

"La mononévrite ou les multinévrites est une autre forme clinique de neuropathie diabétique et représente 5 à 10% des neuropathies sensorimotrices", informe le Dr Phan. Elle peut toucher un ou plusieurs nerfs du corps et est par définition asymétrique. Les nerfs le plus fréquemment atteints sont les nerfs crâniens impliqués dans la motricité oculaire.

Un autre type de neuropathie diabétique est la neuropathie diabétique algique (douloureuse). C’est une atteinte des petites fibres nerveuses. On estime qu’environ 20% des personnes ayant un diabète de type 2 et 5% de celles présentant un diabète de type 1 ont une neuropathie douloureuse.

Neuropathie diabétique : les signes

La neuropathie distale symétrique à prédominance sensitive (PDS) se manifeste par une perte de sensibilité au niveau des pieds. "La personne ne ressent plus la douleur, lorsqu’elle marche sur un caillou par exemple, ne fait plus la différence entre le froid et le chaud à l’examen clinique chez leur médecin, a l’impression de marcher sur du coton. Il n’y a plus de message d’alerte arrivant au cerveau", décrit le Dr Phan. La mononévrite ou les multinévrites se manifestent par un déficit du ou des nerfs en question. La neuropathie diabétique douloureuse entraine des douleurs à type de brûlures, de piqûres ou de décharges électriques au niveau des pieds et des sensations anormales (fourmillements, engourdissements).

Neuropathie diabétique : quelles complications ?

Il existe deux complications de la neuropathie diabétique : la première est la plaie chronique du pied. Le risque est de présenter une plaie du pied qui s’aggrave et qui peut s’infecter car devant l’absence de douleur, la gravité de la plaie est souvent négligée retardant sa prise en charge. L’infection peut conduire à une gangrène ou toucher les os et les articulations du pied pouvant nécessiter une amputation. La deuxième complication est le pied de Charcot, atteinte de fibres nerveuses particulières dites neuro-végétatives. "Cela débute par des microfractures non douloureuses à cause de la neuropathie diabétique et cela se manifeste cliniquement par un pied rouge et gonflé", explique le Dr Phan. Une IRM osseuse interprétée par une équipe de radiologues spécialisés permet dans certains cas d’appuyer le diagnostic du pied de Charcot. Le traitement consiste en une décharge du pied atteint, c’est-à-dire une immobilisation et une absence d’appui qui peut durer plusieurs mois pour soulager la poussée. Des facteurs de risque peuvent entraîner d’autres poussées, comme les chocs et les traumatismes au niveau du pied.

Comment se fait le diagnostic de neuropathie diabétique ?

Il n’existe pas d’examen biologique, radiologique ou électrophysiologique pour faire le diagnostic de la neuropathie diabétique. "L’électromyogramme peut être normal en cas de neuropathie diabétique", explique le Dr Phan qui précise que le diagnostic de la neuropathie diabétique est clinique ! Les pieds des personnes diabétiques de type 2 sont surveillés de façon annuelle par leur médecin traitant ou par leur diabétologue. "Pour dépister la neuropathie diabétique, nous utilisons un monofilament qui nous permet d’explorer la sensibilité au niveau du pied : nous voyons si la personne ressent le contact de ce filament ou pas", explique le Dr Franck Phan. Chez les patients diabétiques de type 1, le dépistage de la neuropathie diabétique se fait 5 ans après le diagnostic de diabète puis annuellement.

Neuropathie diabétique : traitements

La neuropathie distale symétrique à prédominance sensitive (PDS) ne peut pas être guérie. L’objectif de la prise en charge est de limiter son évolution. "Il faut équilibrer le diabète pour stabiliser l’atteinte une fois qu’elle est installée", informe le Dr Phan. Celui-ci précise que dans le cas du diabète de type 2, la stabilisation est plus compliquée car il existe d’autres facteurs, comme le surpoids et les troubles lipidiques, qui peuvent aggraver la neuropathie diabétique. La neuropathie douloureuse peut être soulagée avec des traitements médicamenteux comme des antidépresseurs et/ou des antiépileptiques.

Des traitements locaux peuvent également être prescrits voire associés aux traitements médicamenteux. Par exemple, des patchs de lidocaïne ou de capsaïcine peuvent être employés pour anesthésier les terminaisons nerveuses. Pour les douleurs neuropathiques résistantes aux lignes de traitement précédents, l’essor de l’électrostimulation médullaire dans les centres spécialisés de prise en charge de la douleur représente une option thérapeutique intéressante et non négligeable.

Prévenir la neuropathie diabétique et ses complications

"La neuropathie diabétique peut être prévenue en équilibrant la glycémie", indique le Dr Franck Phan. Une prévention podologique est également mise en place. "Toutes les personnes diabétiques bénéficient d’un bilan d’évaluation initiale annuel par un pédicure-podologue", précise-t-il. En fonction de qui est observé, des séances de pédicurie-podologie pourront être prescrites. Il existe une gradation du risque podologique qui permet d’établir les modalités de surveillance et de prise en charge :

-Grade 0 : pas de neuropathie diabétique sous-jacente

-Grade 1 : neuropathie diabétique sous-jacente

-Grade 2 : neuropathie diabétique sous-jacente associée à une déformation du pied ou à un artériopathie oblitérante des membres inférieurs

-Grade 3 : avoir présenté une plaie qui a mis plus de 4 semaines pour cicatriser ou un antécédent d’amputation au niveau du membre inférieur

"En fonction du risque podologique, le patient pourra bénéficier de séance de pédicurie podologie prises en charge par l’Assurance Maladie : 5 séances par an avec un grade 2, 6 séances par an avec un grade 3, 8 séances par an avec un grade 3 avec présence d’une plaie active", indique le spécialiste interrogé.

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