Gérer son diabète au quotidien, ce n'est pas toujours une mince affaire, surtout quand on jongle entre travail, fatigue et les imprévus. Une étude à paraître lors du prochain congrès annuel de l'European Association for the Study of Diabetes (EASD), menée par le professeur Dominic Ehrmann en Allemagne, pointe une réalité étonnante : vouloir garder une glycémie « parfaite » pourrait parfois coûter cher au bien-être au quotidien. On décrypte ensemble ce que révèle cette étude PRO-MENTAL, financée par le German Center for Diabetes Research, qui bouscule pas mal d'idées reçues sur la gestion du diabète et la recherche d'un équilibre de vie motivant. Vous allez voir, c'est plus simple à comprendre qu'il n'y paraît !
Ce travail de recherche, qui a impliqué 400 adultes avec un diabète de type 1 ou 2 (dont 55 % de femmes, âge médian 47 ans), s'est penché sur ce que les spécialistes appellent le « monitorage continu du glucose ». Pendant 14 jours, chaque participant a mesuré sa qualité de vie tout en surveillant ses glycémies grâce à un dispositif qui analyse les variations en temps réel. Les chercheurs cherchaient à comprendre si passer plus de temps dans la plage dite « normale » (entre 70 et 140 mg/dl) se traduisait vraiment par des journées plus épanouissantes.
Les mesures, très fines, ont aussi pris en compte les moments d'hyperglycémie (au-dessus de 180 mg/dl) ou d'hypoglycémie (en-dessous de 70 mg/dl), ainsi que la « variabilité » autour de l'équilibre habituel de chaque personne. Les volontaires notaient chaque soir cinq dimensions issues du questionnaire WHO-5 : ressentir de la joie, du calme, de l'énergie, se réveiller reposé, et avoir de l'intérêt pour la vie quotidienne. La qualité du sommeil, le stress perçu, l'humeur et l'énergie étaient également évalués séparément.
Les résultats sont surprenants : avoir une journée avec une glycémie stable dans la plage normale est associé à une meilleure qualité de vie le lendemain. Mais l'étude a mis en évidence un autre paramètre clé : lorsque la glycémie fluctuait plus que d'habitude, cela pouvait, le lendemain, améliorer le niveau de bien-être ressenti !
Autrement dit, viser à chaque instant le contrôle strict peut générer du stress, de la fatigue et une sensation de contrainte au quotidien. Ce phénomène sur la variabilité traduit que limiter de façon trop rigide les écarts peut nuire à la capacité de profiter pleinement de ses activités habituelles. Un bon sommeil et un ressenti d'énergie la veille apparaissent aussi comme des facteurs positifs sur la qualité de vie le lendemain.
La gestion du diabète ne consiste pas uniquement à se focaliser sur l'objectif d'une courbe idéale. Réduire la liberté dans sa routine pour garder une glycémie constamment stable n'est pas la seule approche efficace. Les journées avec une glycémie majoritairement dans la plage normale coïncident avec une meilleure qualité de vie. Mais chercher à limiter la variabilité de façon excessive semble, au contraire, rendre la prise en charge plus contraignante au quotidien.
L'analyse présentée lors de la réunion à Milan montre que chaque journée et chaque imprévu peuvent avoir leur importance dans l'adaptation de la gestion du diabète. Un peu plus de flexibilité dans les stratégies de suivi pourrait permettre de mieux concilier sécurité glycémique, activités individuelles et ressenti du bien-être au quotidien.