Publié en octobre 2025 dans The Lancet, le rapport EAT-Lancet relance le débat sur la Planetary Health Diet. Entre vies sauvées et climat apaisé, ce régime surtout végétal soulève aussi des questions de justice alimentaire.
Plus de fruits, de légumes et de céréales complètes, moins de viande et de produits laitiers : derrière cette idée apparemment simple, la Planetary Health Diet porte une promesse vertigineuse. Selon le nouveau rapport de la Commission EAT‑Lancet, publié début octobre 2025 dans la revue médicale The Lancet, ce modèle alimentaire pourrait éviter jusqu’à 15 millions de décès prématurés par an et alléger sensiblement la pression sur le climat.
Ce travail collectif d’experts internationaux en nutrition, climat et santé publique ne se limite pas à dire ce qu’il faudrait manger. Il mesure aussi l’impact sur les émissions de gaz à effet de serre et sur les limites planétaires. Problème : aujourd’hui, seul 1 % de la population mondiale vit déjà dans un “espace sûr et juste”, où son alimentation protège à la fois sa santé et la planète, tandis que les 30 % les plus riches génèrent plus de 70 % des dommages environnementaux liés à l’assiette.
Dans ce rapport, la Planetary Health Diet est décrite comme une assiette riche en fruits, légumes, céréales complètes, légumineuses et noix, avec une consommation modérée de produits animaux (viande, poisson, œufs, laitages). L’objectif n’est pas de tendre vers le zéro viande, mais vers un modèle proche du flexitarisme. "Si nous avions voulu élaborer une alimentation qui n’ait qu’un impact minimal sur l’environnement, elle aurait été composée principalement de glucides bon marché, beaucoup d’amidon, de pommes de terre et de céréales", explique Walter Willett, codirecteur de la Commission à la Harvard T.H. Chan School of Public Health.
Le résumé EAT‑Lancet 2025 fixe par exemple une cible moyenne d’environ 15 g de viande rouge par jour, soit l’équivalent d’une portion par semaine, et deux portions hebdomadaires de poisson et de volaille, plus deux œufs par semaine. La Planetary Health Diet est donc un modèle alimentaire surtout végétal, mais reste compatible avec une consommation occasionnelle de viande et de produits laitiers.
En modélisant plusieurs scénarios, la Commission EAT‑Lancet estime qu’une généralisation de cette alimentation, combinée à une hausse de la productivité agricole et à une réduction du gaspillage, pourrait éviter chaque année environ 15 millions de décès liés à l’alimentation, soit 27 % des morts prématurées dans le monde. Les auteurs évoquent une baisse de la sous‑nutrition dans certains pays et, dans d’autres, une diminution des cas de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et d’accidents vasculaires cérébraux. "C’est important, car en améliorant l’alimentation nous améliorerions aussi l’environnement", souligne Walter Willett.
Le climat se retrouve au cœur de l’analyse. Les systèmes alimentaires représentent près de 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. "Les systèmes alimentaires provoquent environ 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et, sans changements, pourraient à eux seuls pousser le réchauffement de la Terre au-delà de la limite de 1,5 degré Celsius, même si les combustibles fossiles étaient abandonnés", avertit Johan Rockström, directeur du Potsdam Institute for Climate Impact Research. Selon le rapport, un basculement vers une Planetary Health Diet, associé à une production plus efficace et à moins de gaspillage, pourrait diviser par deux ces émissions liées à l’alimentation.
L’injustice est nette : la Commission observe que les 30 % les plus riches de la planète sont responsables de plus de 70 % de l’empreinte environnementale alimentaire, tandis que de nombreuses populations n’ont toujours pas accès à une alimentation suffisamment variée. Ce déséquilibre alimente le débat sur la justice alimentaire et sur la façon d’amener l’ensemble de la population mondiale dans cet “espace sûr et juste” où la santé et les limites planétaires sont respectées.
Pour y parvenir, les chercheurs évoquent plusieurs leviers politiques, en particulier dans les pays riches : réformer la fiscalité pour rendre les aliments sains relativement moins chers que les produits ultra‑transformés, encadrer le marketing alimentaire destiné aux enfants, mettre des avertissements clairs sur les aliments les plus délétères, mais aussi réorienter les subventions agricoles. "Nous soulignons aussi qu’il ne s’agit pas seulement de faire baisser les prix, mais aussi d’augmenter le pouvoir d’achat pour que les gens puissent se payer une alimentation saine", insiste Line Gordon, spécialiste du Stockholm Resilience Centre. Sans oublier un dernier maillon souvent invisible : la lutte contre le gaspillage et les pertes le long de la chaîne alimentaire, indispensable pour boucler l’équation santé‑climat.
2026-10-01T20:23:07Z